Au bistrot
l’esprit est là, au coeur des images évanescentes, constamment en mouvement, les idées surgissent et disparaissent.
Le bistrot est plein de paroles, de regards par ici, plus loin ou alors ils se perdent dans un ailleurs que je soupçonne.
Un rire en bière claque quelque part ; les vies se frottent, s’emboîtent ou se heurtent. Ce sont des images qui s’échappent, envahissent l’air bleu et orange, se mirent dans les verres, se répandent jusqu’au fond des tasses et se meurent par d’autres mots, d’autres idées, d’autres personnages.
E.L.
mon copain
J’ai eu pendant longtemps un ami. Il a disparu il y a des années. J’ai trouvé sur internet quelques traces de lui, c’est tout. Je l’ai dessiné dans un café au temps où on pouvait encore y fumer. J’ai fait des centaines de croquis dans les cafés, j’y ai écrit, rêvé… Le cendrier qui a disparu, malheureusement, était un formidable motif : c’était un pivot autour duquel toute l’image s’organise. Avec ses quatre petites encoches, il est comme une boussole qui indique les points cardinaux.
Pour ce dessin, javais écrit un petit texte :
Il demeurait assis là et, derrière mon carnet griffonné, n’avait même pas songé à devenir modèle pour un instant.
Ses yeux étaient des trous et dedans il y avait des lueurs prisionnières.
Quelques fois, son regard obliquait comme si j’était celui qu’il fallait oublier.
La bière qu’il faisait entrer abondamment en lui évoquait la paix d’une destruction d’un corps tenace.
E.L.
Chez moi, il y avait un grand fauteuil récupéré dans la rue. Il aimait bien s’y enfoncer et se livrer à de sombres méditations.















